Groove Lélé.
Clip Nénèn Minatchy, interprète Willy Philéas.

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Les nénèns ont toujours été des figures marquantes durant l’enfance de chaque Réunionnais. Avec la présentation de ce clip cinématographique qui retrace la journée type d’une nénèn réunionnaise, nous avons voulu que chacun puisse reconnaître la sienne, au travers de la sœur aînée de Granmoun Lélé, Nénèn Minatchy, qui s’est occupée de ses frères et sœurs durant sa jeunesse, mais qui plus tard, a pris soin de tous les enfants de la famille lorsqu’elle en avait besoin, et parce que telle était la tradition.

C’est en effet la sœur ou le frère aînés (qu’on appelle familièrement Nénèn – pour une femme – et Dada – pour un homme) qui sert de parent de substitution lorsque les parents travaillent.

Nénèn est une femme dévouée, marquée par les épreuves de la vie, usée par le labeur des champs de cannes, mais qui pourtant n’en est pas moins bienveillante et attentionnée dans l’éducation des enfants. Cette chanson est aussi un hommage à cette nénèn qui nous a quittés en 2015 après le tournage, un geste d’amour et de reconnaissance de la part de Granmoun Lélé pour celle qui a éduqué, et soigné tous les petits. Un texte d’amour que nous avons adapté à travers des images inspirant la nostalgie à tous ceux qui regrettent le temps des vraies nénèns, celles qui de nos jours se font de plus en plus rares, celles à qui nous laissions les jeunes enfants en toute confiance, et qui ne prenaient que leur amour : il est un souvenir de ce véritable sens familial qui se perd, mais qui rappellera sans doute de bien beaux souvenirs dont Nénèn Minatchy reflète l’image universelle que beaucoup de Créoles retrouveront. En mettant l’accent sur les mains de Nénèn, nous avons voulu mettre en exergue le vecteur physique qui témoigne des caractéristiques intrinsèques du personnage : ses sentiments, son vécu, et sa personnalité ; une femme pleine de bonté, de force, de courage, qui a su transmettre la culture aux plus jeunes et qui inspirera toujours le respect.

Le lien entre la nature et le Créole a été souligné, de façon à rappeler le respect et la symbiose existants entre ces derniers. C’est pourquoi la sensitive, plante qui symbolise la tradition de la médecine par les plantes (à cause de ses bienfaits apaisants), a été ajoutée à la narration. Elle était utilisée dans les tisanes pour calmer les enfants, tout comme Nénèn et l’apaisement qu’elle leur procure. La plante médicinale, aussi sensible que Nénèn Minatchy, est appelée également « trompe-la-mort » ; ce qui permet d’établir une analogie entre cette plante médicinale et le grand âge de Nénèn qu’elle a atteint (93 ans), et qui d’une certaine manière a su défier le temps, mais aussi la mort.

Loin des clichés des paysages de plage, et par conséquent des faits divers liés à la crise requins que subit notre île, nous souhaitons montrer sous un angle différent, sa richesse à l’intérieur des terres, sa culture, ses traditions et la pureté de ses paysages. C’est aussi cela La Réunion.

D’un point de vue narratif, il s’agit d’un enchevêtrement de passé et de présent (double narration), où la transmission intergénérationnelle, la nostalgie, la reconnaissance et la symbolique prédominent par le biais d’un chassé-croisé. Les deux lignes narratives se rejoignent dans une scène finale où l’on a pu avoir l’honneur de retrouver Nénèn Minatchy dans son propre rôle.

So-y-sen Maumont,

Scénariste, auteure, assistante réal

Merci à toute la famille Philéas, à l’équipe de tournage, pour la participation des habitants de l’Ilet Coco, Christian Kichenapanaïdou (pour ses objets anciens), Amar (Willy Philéas) et Discorama pour le financement, et surtout, Nénèn Minatchy et ses enfants.

Voir aussi les photos du tournage dans la galerie: photos de tournage.